Sans Elle
Christal Films Distribution

Réalisateur: Jean Beaudin
Année: 2005
Classification: G (QC)
Durée: 102 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
11 février 2007

Décors extraordinaires, interprétations senties, sujets douloureux: "Sans Elle" regorge de qualités propres au petit chef-d'œuvre québécois. Dommage que le récit soit si tiré par les cheveux et rempli de symboles lourds.

Depuis la mystérieuse disparition de sa mère (Marie-Thérèse Fortin), Camille (Karine Vanasse) ne peut plus vivre normalement. En compagnie d'un ami musicien (Maxim Gaudette), elle se rend aux Îles-de-la-Madeleine pour en apprendre davantage. C'est là qu'elle fait la rencontre d'un homme énigmatique (Michel Dumont) et de sa famille qui l'est tout autant. Cette sensible jeune femme doit toutefois faire attention à elle. Le syndrome de Stendhal a tendance à entraver sérieusement son sens de la réalité...

Pour son nouveau film, le vétéran Jean Beaudin montre qu'il n'a pas perdu la main. Il utilise une narration descriptive, sa caméra virevolte à plusieurs endroits, son montage se veut quelques fois rapide et l'utilisation d'ellipses temporelles brise la linéarité de l'ensemble. Mieux encore, il fait appel à une distribution de comédiens talentueux, dont la plupart semblent émaner de la série télévisée Un Homme mort. De Robert Lalonde à Michel Dumont en passant par Isabel Richer, le casting est sans faute. Le duo mère-fille est particulièrement intense. Marie-Thérèse Fortin est cette chimère idéalisée qui disparaît aussi facilement qu'un mirage, alors que Karine Vanasse trouve aisément son meilleur rôle depuis l'éblouissant Emporte-moi de Léa Pool. Elle amène de l'intérêt et des enjeux à cette oeuvre qui en manque cruellement.

Il faut admettre que le réalisateur de J.A. Martin photographe dénature son histoire. Le point de départ est intrigant, mais les causes psychologiques à la Repulsion prennent rapidement le dessus. La trame narrative passe ainsi de l'onirisme à la confusion, pour se conclure sur une explication trop éclairée et appuyée. Les nombreux symboles éparpillés ici et là sont loin d'aérer la tension. L'eau est la pierre angulaire et tous les plans semblent le rappeler. À un tel point que le spectateur manque d'air au sein de ces allusions liquides. Les autres métaphores (l'oiseau blessé, le tableau représentant des anges et une sainte, etc.) ne sont guère plus subtiles. Parfois, la simplicité a bien meilleur goût.

Camille est une amoureuse du violon et c'est cet instrument qui compose la musique. Il y a des airs classiques et d'autres plus traditionnels. Dans tous les cas, elle est de bon goût et parfaitement juxtaposée de manière à ne jamais prendre le dessus sur les dialogues. Les trames sonores francophones sont de très bonnes factures, la Dolby Digital 5.1 s'avérant bien entendu supérieure. Des chansons, du vent, de la pluie et des éclairs se démarquent des haut-parleurs situés sur le côté sans les envahir totalement. Encore plus impressionnant est le soin apporté aux images. Les paysages resplendissants des Îles-de-la-Madeleine offrent des décors majestueux. Les reflets et les couleurs vives ressortent aisément, pendant que le bleu s'affiche dans la majorité des séquences. Une ou deux apparitions furtives de blocage ne peuvent tout de même pas gâcher ces détails si justes et parfaits, faisant voyager en un seul regard. Il y a même des sous-titres blancs moyennement visibles pour un auditoire anglophone.

La pochette est tout aussi attrayante. Elle montre une Karine Vanasse en lévitation, un ange aquatique majestueux. Cette sublime pose est reprise dans un menu principal dont l'arrière-fond épouse la forme des vagues. Une douce musique berce le corps avant que des mots légèrement prétentieux se fassent entendre. Dans ce flot d'émotions, une seule petite bande-annonce est disponible en guise de suppléments. La marée n'aura finalement pas laissé grand-chose. Comme c'est la coutume dans les productions de Christal Films, une multitude de publicités apparaissent en introduction du DVD. Cette fois, Les Filles du botaniste, Nos Voisins dhantsu, À vos marques... party!, La Doublure et La peau et les Os... après sont mis en vedette.

"Sans Elle" aurait dû mériter un meilleur sort. Karine Vanasse est fascinante, les images sont saisissantes et la thématique de la mère est loin d'être courante au cinéma québécois. Mais pourquoi tout y est démesurément pesant et hasardeux? Un autre mystère de la nature.


Cotes

Film5
Présentation7
Suppléments1
Vidéo9
Audio7