Tout est parfait
Alliance Vivafilm / Go Films

Réalisateur: Yves Christian Fournier
Année: 2008
Classification: 14A
Durée: 110 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
5 septembre 2008

2008 sera l'année des premières pour plusieurs réalisateurs et réalisatrices du Québec. Après Richard Jutras et La belle empoisonneuse et Lyne Charlebois pour Borderline, place à Yves-Christian Fournier et son excellent "Tout est parfait". Les productions se succèdent et elles sont de plus en plus intéressantes.

Une petite banlieue est désemparée. D'un groupe de cinq amis adolescents, quatre se sont suicidés. Le survivant, Josh (Maxime Dumontier), se sent seul sur la Terre. Entre les questions et les interrogations, il ère dans la ville, cherchant des réponses. Il repense au passé et aux évènements, prenant soin de réconforter quelques parents au passage. Mais il est perdu, sous le choc, se refermant de plus en plus comme cette coquille sombrant au fond de la mer. Même sa nouvelle amie de cœur, Mia (Chloé Bourgeois), n'arrive pas à percer ses mystères. Entre la vie et la mort, la ligne est parfois bien mince, et il semble si facile de la franchir pour arrêter de souffrir...

Par son titre, "Tout est parfait" ressemble beaucoup au très triste Je vais bien, ne t'en fais pas de Philippe Lioret. Il s'agit d'une ironie sur le destin, s'attardant davantage aux vivants qu'aux gens disparus. Pour son premier film, Yves-Christian Fournier n'a pas pris de chance. Il a travaillé à partir d'un scénario de Guillaume Vigneault. Entre le metteur en scène et l'auteur, la chimie est palpable. Le récit est loin d'être chronologique, des rêves ou des réminiscences illuminent le quotidien et le rythme se veut assez lent, épousant la dérive du protagoniste.

Dans ce genre de long-métrage, la matière première est plus importante que les abus de style. La prémisse fait immédiatement réfléchir et elle s'intéresse avec beaucoup d'honnêteté et d'authenticité à l'adolescence. Il a donc plus à voir avec l'œuvre de Larry Clark que le soporifique et superficiel À vos marques... Party!. Le réalisme est cru, la ville est sale et les émotions sont vraies. Il y a des souffrances qui se matérialisent dans les silences et les non-dits. Des zones grises qui sont explorées, que ce soient cette culpabilité des gens qui sont encore en vie et cette incompréhension prédominante. Des sentiments normaux qui ne seront jamais expliqués outre mesure.

"Tout est parfait" sent parfois la première œuvre à plein nez. Fournier n'hésite pas à citer Michael Winterbottom et Terrence Malick (on se calme!) comme sources d'inspiration. Il lui arrive de trop soigner ses plans, jouant un peu gratuitement avec la poésie des lieux. Son discours passe même à quelques cheveux d'être prétentieux, et sa ligne directrice n'hésite pas à se répéter avant la fin. De quoi surligner la relation salvatrice/conflictuelle entre Josh et Mia, qui se matérialise par ces scènes intimes évoquant l'abandon.

Ces erreurs de débutant n'enlèvent pourtant rien à l'impact ravageur de l'opus. Dès les premières minutes, la gorge se serre pour se dénouer seulement à la fin. L'histoire est certes un énorme mélo où tout le monde souffre et pleure et malgré la lourdeur de l'ensemble, un peu d'espoir émane. Afin de ne pas étouffer, l'oxygène apparaît par l'entremise de touches humoristiques et par l'interprétation admirable de beaux comédiens. Dans le douloureux rôle principal, Maxime Dumontier s'attirera des éloges et il les méritera tous. Son Josh est à la fois un ange et un démon, un adolescent comme les autres qui se tait au lieu de parler. Son duo avec Chloé Bourgeois est souvent viscéral, un mélange à la fois beau et dérangeant de deux corps à la dérive. Autour d'eux se retrouvent un bouleversant Normand D'Amour, un Pier-Luc Brillant plus sobre que d'habitude et de l'intensité dramatique qui s'échappent de tous les personnages, Claude Legault et Marie Turgeon en tête.

Les jolies images ne cessent d'affronter la luminosité à la noirceur ambiante, un combat qui ne met pourtant jamais k.o. la qualité plus qu'appréciable des contrastes. Sans être très vivantes, les couleurs s'avèrent précises, demeurant toutefois dans des palettes telles que le blanc et le gris. Les pistes sonores sont toujours subtiles, utilisant pourtant les différentes enceintes en de nombreuses occasions (l'autobus, une porte défoncée, un accident de voiture, le brouhaha des voix, etc.), seulement pour montrer que le silence est rarement de mise. La trame sonore de Patrick Lavoie se veut sobre, discrète et mélancolique, surprenant au passage par de superbes tubes musicaux (Cat Power, Calexico, Set Fire to Flames, Buck 65, etc.) qui plairont aux amateurs de pop soignée réalisée au Canada, aux États-Unis... et en Islande! Les voix demeurent cependant un peu faibles, ce qui peut toujours faire perdre un mot ou une phrase au passage. Le public anglophone sera ravi d'apprendre qu'il y a d'intéressants sous-titres blancs à leur disposition.

La pochette montre une aura lumineuse guider un adolescent qui a la tête baissée. Évocateur. Le menu principal symbiose les deux protagonistes à quelques autres scènes, ce qui donne une impression de voler. Surtout que la mélodie rend plus léger. Pour une œuvre québécoise, il est surprenant de constater le nombre de bonus. Un documentaire de trois minutes compare l'ouverture animée aux croquis, un vidéoclip permet à Loca Locass de s'exprimer sur un texte revendicatif, une belle galerie de photos remémore des moments phares et la bande-annonce choc séduit par son utilisation du groupe musical Mum. Les segments les plus intéressants sont ces 16 minutes où le réalisateur et son équipe technique décortiquent trois scènes qui ont nécessité des effets spéciaux, et cette très belle piste de commentaires mettant en vedette les mots du cinéaste et de son scénariste. Les deux hommes parlent du film avec passion sans trop se prendre au sérieux. Ils comparent les écrits au résultat final, revenant sur la sélection des comédiens, leurs implications personnelles, le choix des scènes et la nécessité de ne pas toujours expliquer clairement tous les thèmes. Drôle, personnel et enrichissant.

Œuvre délicate et difficile, parfois un peu lourde et présomptueuse, "Tout est parfait" est un ovni dans le jargon québécois et son plus proche correspondant serait le dépouillé Elephant de Gus Vant Sant (surtout pour les plans où le protagoniste semble marcher sans but apparent) et l'énigmatique The Virgin Suicides. Il y a peu de vedettes, d'effets gratuits et de rires en boîte. L'emphase est plutôt mise sur ce scénario qui dérange, cette réalisation extrêmement aérée (l'introduction qui combine le réel et la bande dessinée ne manque pas d'impressionner), cette trame sonore succulente (tout est y parfait, surtout cette finale sur les airs de Blonde Redhead) et ce jeu plus vrai que nature de Maxime Dumontier. Un quatuor qui marquera de nombreux esprits au fer blanc.


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments7
Vidéo7
Audio7