Il est difficile de penser aujourd'hui qu'un tel film ferait un malheur dans les salles. Les messages, sujets et idées véhiculés par le métrage suggèrent un pays sous attaque, fragile et vaincu, tout le contraire de ce que la bonne Amérique s'évertue à contrer. John Milius pose adroitement sa caméra et affronte le spectateur en lui disant : et si ça arrivait? Bien des films ont osé poser cette question, mais celui-ci est un cas spécial, car bien qu'il traite d'une invasion ennemie en terrain "sûr", son taux de violence n'est pas aussi légendaire que Saving Private Ryan. Économe sur l'hémoglobine, Milius dresse son portrait pour qu'un auditoire large puisse le comprendre : mission réussie.
Le tout débute sur un beau matin classique et calme dans une banlieue éloignée des États-Unis lorsque surgissent du ciel des hommes parachutés au sol. Il ne faut pas longtemps avant que commencent les hostilités. Ces soldats du ciel démastiquent la plus grande partie des habitants et s'établissent en rois et maîtres des lieux. Cependant, un petit groupe composé de 6 jeunes, ayant vu de près la mort une fois de trop, décide de prendre son territoire en main. Baptisés les Wolverines, ils livrent bataille aux Russes qui se sont emparé de leur façon de vivre, faisant reculer sans cesse l'ennemi à l'aide d'une précieuse tactique bien ficelée.
Premier film à recevoir la cote de PG-13 chez nos "amis" du sud, "Red Dawn" est un film controversé pour l'époque. La suggestion en effet d'un groupe de jeunes qui subsiste sous la peur et la violence n'était pas "crédible" selon certains critiques. De voir le sol américain attaqué l'était encore moins. Néanmoins, John Milius pose sa caméra de façon sobre et pose les bonnes questions afin que son auditoire sache ce que les autres pays peuvent ressentir chaque jour. Son film ne fait pas état d'une simple menace de guerre, mais transporte la guerre à la maison. Le parallèle entre les troupes envoyées par Bush qui ne recule devant rien est on ne peut plus évident et offre au métrage une aura de critique intemporelle. Le scénario de Kevin Reynolds (Waterworld) est tout simplement bon. Sans se vautrer dans un excès de violence, il privilégie les confrontations entre humains. Les similitudes entre le régime de Hitler en France ou de Mussolini en Italie sont également de mise puisque les agissements des soldats font penser aux manières des Nazis avec une petite sueur froide dans le dos. L'équipe d'acteurs, composée de Patrick Swayze, Lea Thompson, Harry Dean Stanton et Charlie Sheen donne son meilleur. Bien que très jeunes, les protagonistes offrent un jeu nuancé. Le travail derrière la caméra est bien ficelé pour offrir au spectateur un film qui dérange dans les acquis du quotidien (qui, faute de le rappeler, a été durement touché lors du 11 septembre).
En terme de suppléments, ils sont plus que considérables. Nous avons droit à "Red Dawn Rising", "Building the Red Menace", "Military Training" ainsi que "WW3 Comes to Town". Des revuettes pleines d'entrevues nouvelles et anciennes avec les acteurs et actrices du film, ainsi que certains artisans relégués derrière la caméra, dont John Milius. Ce dernier livre des commentaires palpitants ainsi que sa raison d'avoir fait le film. D'une bonne durée, ces extras en apprennent suffisamment sur les efforts mis en œuvre afin que soit réalisée cette fresque critique épique sur la guerre. Seule absente de taille est une piste de commentaires qui aurait été plus que bienvenue, mais dans un si grand lot de bonus, il serait difficile de demander davantage. Les menus du film sont à l'image du métrage : un voisinage voit une aube rouge se lever comme la pochette. Les changements de menus (sur le premier disque seulement) provoquent l'apparition de parachutistes. Le second disque est plus sobre : une simple pancarte en bois sur laquelle l'inscription "Wolverines" apparaît ainsi que quelques flammes animées.
L'image du film est très bien retravaillée. Les quelques imperfections visibles à l'écran ne sont dues qu'à la pellicule d'origine et n'apparaissent que très rarement pour provoquer au pire un effet de nostalgie sans se distancer du propos (là, ç'aurait été grave). Les couleurs sont balancées de façon habile sans refléter autre chose que la réalité, donc aucune sursaturation n'est aperçue. Il n'y a que la bande-son qui soit réellement un problème. En effet, le studio munit le disque d'un presque glorieux stéréo. Le son ressort difficilement des enceintes et peine à trouver un équilibre ou laisser son envol à la composition immortelle du regretté Basil Poledouris.
S'il y a une chose à constater, c'est que cette édition spéciale enterre définitivement la précédente, exempte de tout extra. Une très belle édition à se procurer ne serait-ce pour les messages désormais intemporels du film ainsi que l'image retravaillée avec finesse. Il ne manquait qu'une piste de commentaires et une piste audio en 5.1 Surround et le coffret aurait été digne de la mention "génial". Il devra se contenter de "très bien exécuté".
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 9 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 5 |