Repo Men
Universal Studios Home Video

Réalisateur: Miguel Sapochnik
Année: 2010
Classification: 18A
Durée: 112 / 120 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DVS20), Français (DD51), Espagnol (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 025195033046

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
23 juillet 2010

Dévoré par son ambition, sa multitude de thèmes sous-jacents et sa façon de changer de genre presque à chaque instant, "Repo Men" est un film facile à détester. Pourtant, derrière son écran de fumée émane une œuvre apocalyptique parfois inégale et lassante, mais également fascinante et déstabilisante. À consommer avec modération.

Dans un futur rapproché, l'Union sait comment faire fructifier son capital, vendant à grand coup d'intérêt des organes humains. Si les gens ne payent pas la note salée tous les mois, l'entreprise dépêche ses agents pour reprendre ce qui leur appartient. Après un accident, le bon et dévoué repreneur Remy (Jude Law) se sent incapable de reprendre le boulot. Pire, il n'a plus d'argent pour s'acquitter de son nouveau cœur. Il devra trouver un moyen d'échapper au système, car son ancien patron (Liev Schreiber) est sur le point d'envoyer son meilleur ami (Forest Whitaker) à ses trousses.

"Repo Men" (à ne pas confondre avec l'irritant Repo! The Genetic Opera) est un objet bordélique, qui pille pratiquement tous les importants essais de science-fiction des trente dernières années (Brazil, Blade Runner, Dark City, Minority Report et la liste est longue), régurgitant une entité qui, ironiquement, est loin d'être désagréable. Mais il faut être averti et s'accrocher dans cette montagne russe pas toujours saine d'esprit, qui va dans toutes les directions, touchant autant à l'essentiel (la quête de l'humanité) qu'à l'éphémère ("un travail, c'est un travail"), ce qui risque d'avoir des répercussions diamétralement opposées chez le spectateur.

Il s'agit tout d'abord d'un récit d'anticipation bien de son temps. Une critique des sociétés parfaites, de la dérive du capitalisme vers le totalitarisme, de la crise économique qui touche pratiquement toutes les classes sociales. Des thèmes qui peuvent, par endroits, paraître prétentieux. À une époque où tout est permis (autant dans la vie de tous les jours qu'à la télévision), le cinéaste Miguel Sapochnik s'en donne à cœur joie, offrant en prime une très grande violence graphique, celle qui fait détourner la tête par tant de barbarie et de détails sanguinolents. Un parti pris risqué, qui se retourne parfois contre lui, mais qui a le mérite de rappeler comment les longs-métrages - souvent américains - préfèrent davantage montrer des têtes arrachées que deux corps en train de copuler (ce qui explique pourquoi on ferme la lumière au moment où cela devient intéressant).

Comme si ce n'était pas suffisant, le réalisateur insuffle un second degré à ses répliques et à ses situations. Un humour parfois très noir et sardonique, politiquement incorrect, qui peut rappeler celui de Takashi Miike. C'est cette figure légendaire du cinéma nippon qu'il faut garder en tête pour apprécier l'ensemble, sinon c'est facile de se faire larguer dès les premières minutes. Cet amour envers le septième art asiatique n'est pas le seul. Le spectaculaire combat final est très fortement inspiré de l'inoubliable Oldboy de Park Chan-wook, et il y a même un marteau en prime!

Les mélodies très senties de Marco Beltrami laissent la place à de nombreux styles musicaux, dont plusieurs airs de mambo. Les pistes sonores anglophones, francophones et espagnoles dynamisent joyeusement les enceintes de bruits de cris, de sirènes, d'instruments et de verre brisé. Les voix peuvent se perdre quelques secondes dans cette cacophonie, sauf qu'il n'est jamais obligatoire d'insérer les très visibles sous-titres blancs. Le doublage francophone ne doit en aucun cas remplacer la truculente version originale où les accents et les expressions se côtoient allègrement. Les images sont détaillées à souhait, bénéficiant de couleurs précises, de teintes étonnantes et de contrastes qui frisent la perfection. La présence de blocage fait cependant désenchanter lors de quelques passages plus problématiques.

L'horrible pochette reprend simplement Law et Whitaker dans des poses banales. Beaucoup plus élaboré est le menu principal du DVD qui ressemble à une fiche de médecin, avec différents organes et photos de l'ouvrage qui défilent sur une pièce qui évoque le suspense. Les bonus plutôt bien fournis offrent de bons moments. Il est d'abord possible d'accéder à un montage non censuré du film qui comporte huit minutes supplémentaires qui se résument généralement à plus de sang. Des scènes supprimées permettent d'encore mieux saisir ce monde qui sort de l'ordinaire, une série d'ingénieuses fausses publicités vantent l'Union et un document cocasse raconte l'élaboration des effets spéciaux. Tout ceci n'est rien à côté de la mordante piste de commentaires narrée par le metteur en scène et les scénaristes Eric Garcia et Garrett Lerner. Les trois comparses passent leur temps à rigoler, levant le voile avec un humour bon enfant sur les anecdotes de tournage et la recréation de leur projet. Beaucoup de plaisir à l'horizon.

Sorte de subversif Dr Jekyll et Mr Hyde autant sur le plan du scénario (le principal personnage féminin s'agence mal à l'ensemble, mais cela ne gâche pas l'envie de lire le livre d'Eric Garcia), de la mise en scène (le montage est parfois trop tapageur) que de l'interprétation (Liev Schreiber s'avère hilarant, Forest Whitaker joyeusement caricatural, alors que Jude Law semble parfois plus plastique que dans A.I.), "Repo Men" subira certainement la même classification rapide et primaire accordée au Starship Troopers de Paul Verhoeven et le Southland Tales de Richard Kelly: du tape-à-l'œil, beaucoup d'hémoglobine et de la douteuse matière grise, ce qui n'est évidemment pas le cas. Une bien drôle de chose, pas catholique pour deux sous ni réellement originale, qui risque peut-être un jour de devenir culte lorsqu'elle sera redécouverte en DVD ou à la télévision.


Cotes

Film6
Présentation6
Suppléments6
Vidéo8
Audio8