S. Darko: A Donnie Darko Tale
20th Century Fox Home Entertainment

Réalisateur: Chris Fisher
Année: 2009
Classification: R
Durée: 103 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 024543575184

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
5 juin 2009

C'est le monde à l'envers. À sa sortie en salles en 2001, Donnie Darko est passé complètement inaperçu, avant de devenir un film culte lorsque les cinéphiles l'ont redécouvert en format DVD. Cet opus de Richard Kelly, aussi intrigant qu'insaisissable, mélangeait suspense et science-fiction paranoïaque en traitant de voyage dans le temps. Son influence était telle que quelqu'un quelque part a eu l'idée d'offrir une suite qui reprend pratiquement les mêmes éléments.

"S. Darko" suit le périple de Samantha (Daveigh Chase), la sœur de Donnie, qui est troublée depuis par la mort de son frère. En compagnie d'une amie (Briana Evigan), elle aboutit dans un inquiétant bled perdu. Quelque chose ne tourne pas rond à cet endroit. Des gens disparaissent, un fou annonce que la fin du monde est pour bientôt et un étrange lapin apparaît aux gens qui n'arrivent pas à dormir tard dans la nuit...

Les admirateurs - et ils sont nombreux - de la version originale seront intrigués par cette variation qui reprend exactement les mêmes thèmes que leur titre fétiche. Il est à nouveau question d'amour et d'amitié, de chronologie diffuse et de sacrifice, de quêtes existentielles et de désir de vivre réellement. Ce qui était à l'origine pour Kelly une étude troublante de l'adolescence se transforme chez le réalisateur Chris Fischer en une quête peu subtile de s'approprier un large succès. Pour se faire, il applique à la lettre une recette gagnante, mais sans âme, coupant largement les coins ronds, donnant beaucoup trop d'explications sur ce qui devait rester mystérieux et nébuleux.

Ce projet, concocté par des fans de la première heure, ne sert tout simplement à rien. Sans être mauvaise, l'intrigue manque cruellement de rebondissements, et l'ensemble s'apparente à un luxueux téléfilm pour adolescents mâtiné d'un sentimentalisme douteux et de discours creux sur la religion. L'interprétation, peu sentie et au demeurant superficielle, fait amèrement regretter Jake et Maggie Gyllenhaal, Drew Barrymore, Patrick Swayze et Noah Whyle de la version de 2001. Surtout que les clins d'œil parsemés ici et là (à Lynch, à Gillam) sont au service d'une trame narrative prévisible à la conclusion particulièrement décevante.

Cela n'empêche pas le long-métrage d'étonner sur le plan technique. La photographie y est superbe et cela se répercute chez les images. Les couleurs sont précises, parfois éblouissantes et les contrastes bénéficient grandement de toutes ces ombres diffuses. Cela ne fait toutefois pas toujours oublier cette présence de grain et de blocage lors de scènes plus sombres. Les choix musicaux, entre pièces pop irrésistibles et airs mélodiques au piano, donnent une atmosphère propre à l'ouvrage, tout comme ces différents haut-parleurs qui font ressortir précisément ces portes qui se ferment, ces éclairs omniprésents et ces quelques feux d'artifice.

La pochette noire et bleue montre l'héroïne qui imite Jésus sur sa croix... sauf qu'elle se trouve sur le masque de l'imperturbable lapin! Le menu principal du DVD juxtapose quelques scènes statiques à une belle pièce musicale. Les bonus regroupent des séquences supprimées superflues, un horripilant segment vantant l'état du Utah, la bande-annonce originale ainsi qu'une série de publicités variées. Un documentaire de quinze minutes permet à l'équipe technique de rappeler toute leur admiration envers le projet initial, et la piste de commentaires narrés par les voix du cinéaste, du scénariste Nathan Atkins et du directeur de la photographie Marvin V. Rush offrent un regard nouveau - et sans doute plus pertinent - sur cette entité qui n'aurait jamais dû se faire.

Toucher à Donnie Darko est un sacrilège, surtout pour pondre une simili suite comme "S. Darko" qui n'est rien d'autre qu'un ersatz trop limpide et sans personnalité. Les personnes qui ne connaissent rien de ce film culte peuvent facilement le redécouvrir. Les fanatiques pourront expérimenter ce deuxième tome à leurs risques et périls, seulement pour mesurer l'étendue du talent de Richard Kelly dont l'absence fait cruellement défaut. À quand le traditionnel "prequel"?


Cotes

Film4
Présentation5
Suppléments6
Vidéo8
Audio8