Universal a décidé de rendre hommage à certains grands noms du cinéma américain en proposant la série "Screen Legend Collection", des coffrets réunissant plusieurs œuvres moins connues d'un acteur de légende. Après avoir proposé Bing Crosby et Cary Grant, nous allons aujourd'hui découvrir le coffret dédié à Rock Hudson, le playboy des années 60. Directement relevé sur le boîtier, on apprend que c'est en 1925 que naquit Ray Harold Scherer Jr, à Winnetka, dans l'Illinois. C'est un découvreur de talents qui lui donna le pseudonyme de Rock Hudson, soi-disant en combinant la grandeur du rocher (Rock) de Gibraltar et la force de la Hudson River. Même si je ne vois pas le rapport avec l'être de départ, c'est assez bien recherché quand on connaît la carrière de l'homme. Rock Hudson est décédé du Sida en 1985, à l'âge de 60 ans. Il a été la première personnalité à avouer publiquement d'être atteint de cette maladie (diagnostiquée en 1984, mais dont il souffrait depuis plusieurs années sans le savoir), et par la même occasion, son homosexualité (sans que les deux soient forcément liées).
Les cinq films qui composent ce coffret sont (dans l'ordre des disques):
"Has Anybody Seen My Gal" (1952) : réalisé par Douglas Sirk (dont c'est le premier film avec Hudson) avec Piper Laurie aussi en vedette, ce film, dont l'histoire se déroule à la fin des années 20, raconte les mésaventures d'un riche homme âgé, en bonne santé, mais qui prépare son testament. Il décide de léguer sa fortune à la famille d'une femme dont il a été éperdument amoureux 40 ans plus tôt, et dont il ne s'est jamais remis. Ses hommes de loi lui conseillent de visiter cette famille avant de prendre la décision, juste pour s'assurer qu'ils ont bien droit à cette fortune. Il se fera alors passer pour un locataire qui habitera chez eux. Il rencontrera la petite fille de sa bien-aimée, Millicent (Piper Laurie), qui n'a d'yeux que pour le serveur du comptoir des laits frappés, Dan (Rock Hudson). Cette relation ne plaît pas à toute la famille.
Sur le ton d'une comédie musicale (mais avec plus de passages parlés que de chansons), Sirk nous propose un film très honorable, sans un grand étalage de sentiments, mais avec une bonne continuité. À noter la brève apparition de James Dean dans la figuration. Sur le plan qualité, les couleurs sont légèrement délavées, mais le produit est relativement beau, avec quelques artéfacts malgré tout.
"A Very Special Favor" (1965) : réalisé par Michael Gordon avec Leslie Caron et Charles Boyer. Michel Boullard (Charles Boyer), un avocat français se rend aux États-Unis pour rencontrer sa fille qu'il n'a pas vu depuis 25 ans. La journée a mal commencé alors qu'il a perdu une affaire contre une compagnie pétrolière qui avait Paul Chadwick (Rock Hudson) comme défendeur. Ce dernier, un coureur de jupons qui n'hésite pas à donner rendez-vous à deux femmes en même temps, rentre aussi en Amérique dans le même avion que Boullard. Ce dernier découvre en Chadwick l'homme à femmes qu'il est. Peut-il suspecter, à ce moment, qu'il deviendra dans quelques jours l'amant de sa fille Lauren (Leslie Caron), une grande psychologue?
Avec une touche de romantisme à la française (et tout ce qui vient avec), il faut bien avouer que Monsieur Hudson semble s'ennuyer dans ce film qui manque, il est vrai, un peu d'action. Malgré tout, l'ensemble est raisonnable, si on ne prête pas trop attention aux petites erreurs de réalisation. Par contre, plus aujourd'hui qu'en 1965, on ne manquera l'allusion rapide, mais présente d'Hudson qui embrasse un homme... déguisé en femme! On appréciera par contre la belle qualité de l'image et surtout des couleurs, assez bien rendues. Une comédie romantique des années 60 très typique.
"The Golden Blade" (1953) : réalisé par Nathan Juran avec Piper Laurie et Gene Evans. Il fut un temps où les contrées de Bagdad et de Bassora n'étaient pas encore des champs de mines et des paysages de désolation de guerre. Il y avait bien des affrontements entre tribus, mais ce n'était pas à coup de bombes meurtrières ou d'armes chimiques. Nous accompagnons ici Harun (Rock Hudson) qui est à la recherche du meurtrier de son père, pour lequel il ne possède qu'un médaillon pour le retrouver. Au cours de son périple, Harun se verra doté d'une épée magique, qui peut couper le métal. Il rencontrera Khairuzan (Piper Laurie) qu'il essaiera d'enlever des bras d'un tyran diabolique.
Avec une débauche de costumes orientaux et de décors de carton pâte aux allures de parc d'attractions, le tout sous des éclairages de projecteurs qui donnent des dizaines d'ombres au sol, "The Golden Blade" est un film plutôt mauvais dont même les acteurs semblent s'y ennuyer. Malgré tout, avec des images aux couleurs très variées (merci les tournages en studio) et un semblant d'aventure et de magie exotique, ce film pourra éventuellement remplir une matinée pluvieuse.
"The Last Sunset" (1961) : réalisé par Robert Aldrich avec Kirk Douglas, Dorothy Malone et Joseph Cotten. Brendan O'Malley (Kirk Douglas) se rend au Mexique retrouver celle qu'il a aimée, Belle Breckenridge (Dorothy Malone). Mais il la découvre mariée avec John (Joseph Cotten) et elle a une jeune fille de 16 ans. Brendan se fait engager par John pour conduire un troupeau au Texas, profitant ainsi de la proximité avec son ancien amour. Mais un autre homme se joint au groupe, et Brendan sait qu'il en a après lui. Il s'agit de Dana Stribling (Rock Hudson). Ce dernier veut ramener O'Malley aux États-Unis afin qu'il réponde du meurtre de son beau-frère et du suicide de sa sœur par la suite. La tension va monter au fur et à mesure que le troupeau avance, jusqu'à l'affrontement final.
Voilà certainement ce qui pourrait être le plat de résistance de cette mini collection. Avec Aldrich aux commandes, Kirk Douglas et Dorothy Malone en partenaires d'écran, ce film a plusieurs atouts. Après avoir donné l'année précédente Spartacus, l'attente sur Douglas était grande, mais pas complètement au rendez-vous. Malgré tout, les amateurs de western y trouveront certainement un bon moment à passer, les paysages du Mexique étant largement intégrés aux scènes extérieures, avec le troupeau de bétail, les chariots, sans oublier la poussière. Et si la réalisation a parfois de quoi surprendre, on regardera avec plaisir cette production qui nous est offerte ici avec une qualité d'image correcte, voire belle, des couleurs saturées, mais qui manquent parfois légèrement de piqué et quelques artéfacts dispersés. Ce western, produit par la compagnie de Kirk Douglas, n'est pas inintéressant, même si ce n'est pas un classique.
"The Spiral Road" (1962) : Réalisé par Robert Mulligan avec Gena Rowlands et Burl Ives. L'action se déroule dans les Indes néerlandaises colonisées des années trente. L'ambitieux jeune médecin Anton Drager (Rock Hudson) doit accepter un poste de cinq ans dans les colonies indiennes afin de rembourser à son gouvernement ses études. Mais sa seule ambition est en fait d'être l'assistant du docteur Jansen (Burl Ives), un éminent spécialiste de la lèpre, qui ne veut pas partager son savoir. Drager espère ainsi apprendre tout le savoir de Jansen pour s'en approprier le profit une fois revenu dans son pays. Mais Jansen n'est pas né de la dernière pluie et entrevoit entre les feuilles les intentions de Drager. L'intérêt pour la maladie n'est définitivement pas le même entre les deux hommes, ce qui semble échapper au jeune docteur. Ce sera d'ailleurs son erreur principale. Même l'arrivée de sa fiancée Els (Gena Rowlands) ne changera pas vraiment ses ambitions.
D'une durée de près de deux heures trente, cette aventure à l'autre bout du monde pourrait être un intéressant voyage avec une passionnante intrigue. Mais les longueurs et surtout la difficulté pour Hudson de bien cerner ses rôles donnent de petites bizarreries de situation. Si on voit beaucoup de grands paysages, il faut noter qu'on est loin de l'Inde puisque le film a été tourné au Suriname, l'ancienne Guyanne néerlandaise. L'avantage était bien entendu d'être dans une autre colonie de ce pays d'Europe, mais on oublie pour la "couleur locale". Ce détail oublié, on peut apprécier la jungle et ses atours. Mais le jeu des acteurs reste malheureusement en dessous des attentes générales. On regrettera aussi le manque de rigueur dans la réalisation et dans le montage, rendant parfois certaines scènes à la limite du vraisemblable. Les images sont en général de bonne qualité, avec des couleurs satisfaisantes, mais manquant parfois de saturation. L'ensemble peut aussi paraître un peu trop foncé selon les plans. Là aussi, quelques défauts sont apparents, surtout du fourmillement.
Les cinq films sont réunis sur trois disques, disposés dans des supports de plexiglas à l'intérieur d'un triptyque dépliant. Les illustrations et le lettrage sont agréables. On retrouve quelques informations sur les parties non occupées par les disques, à savoir une rapide biographie de l'acteur ainsi que quelques anecdotes sur chacun des cinq films, ce qui est toujours apprécié. Une fois refermé, le triptyque se glisse dans un fourreau de carton d'aspect soyeux, avec le nom Hudson en léger relief sur le recto et un résumé des films, avec leur durée, sur le verso. Les pistes sonores, en Dolby 2.0 mono, sont toutes de bonne qualité, sans être excellentes, avec des bruits parfois trop présents ou, au contraire, complètement absents (surtout dans les scènes sur fond filmé). Les sous-titres anglais ou français sont les bienvenus. Les pages de menu sont très sobres, muettes et fixes, avec les titres en noir et blanc (mais l'image d'Hudson en couleurs). En guise de suppléments, on ne retrouve que des bandes-annonces sur le second disque.
Sans être un total désastre, il faut avouer que ce ne sont pas les meilleures pièces de Rock Hudson. Par contre, avec cinq pièces qui couvrent plus de douze ans de carrière, on peut apprécier la variété du contenu, surtout si on recherche plus la rareté que la qualité des produits. Peut-être à essayer avant d'acheter.
| Film | 7/6/5/7/5 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6/7/6/6/7 |
| Audio | 7 |