Depuis quelques années, tout ce que touche George Clooney se transforme en succès, qu'il soit critique ou populaire. À l'écran, il joue très souvent dans des films à thèmes qui méritent d'être traités, que ce soit Syriana, The Good German et Michael Clayton. Lorsqu'il se métamorphose en réalisateur, le tombeur des dames continue de choisir admirablement ses missives pour faire passer ses messages, et ce, en demeurant toujours très subtil. Après une œuvre aussi soignée que Good Night, and Good Luck, il était normal que le cinéaste prenne du repos et qu'il se recentre sur quelque chose de plus léger. Derrière sa futilité et sa naïveté, "Leatherheads" s'avère un hommage savoureux au septième art hollywoodien.
Pendant les années 1920, un club professionnel de football est dissout par manque de liquidité. Un de ses joueurs, Dodge Connelly (Clooney), décide de faire le voyage jusqu'à la grande ville pour obtenir des appuis. Sur sa route, il rencontre une belle journaliste (Renée Zellweger) à la langue bien pendue et un génie du foot (John Krasinski) qui est devenu le héros de la nation pour ses services rendus pendant la Première Guerre mondiale. Ces trois comparses seront rapidement inséparables et ils ramèneront les gens dans des stades dégarnis. Sauf que l'amour se frayera un chemin au sein de ce trio. Pire encore, la protectrice du quatrième pouvoir soupçonne l'idole du peuple d'avoir menti sur son passé. De quoi rendre plus compliqué ce qui pourrait être si simple.
Film d'une autre époque, "Leatherheads" se veut un clin d'œil perpétuel aux comédies de situation américaines - les fameuses "screwball" - si populaires durant les années 1940. Le saut dans le temps est parfait. Le logo d'Universal, les images en sépia, la musique jazzée, l'utilisation des ombres, l'histoire pratiquement inexistante: tout est mis en œuvre pour montrer une forme révolue de cinéma, celle qui fait rire et divertir sans aucune autre prétention. De ce côté, la magie est loin d'être défaillante, principalement au sein de cette première heure désopilante et hilarante, au rythme effréné et aux gags omniprésents. Entre absurdité et burlesque, le plaisir est de mise.
Le long-métrage heurte cependant un mur en milieu de peloton. Soudainement, l'intrigue amoureuse prend plus de place, et lorsque les motivations des personnages sont expliquées, le rythme devient quelconque, s'avérant beaucoup moins efficace qu'à ses débuts. Rien pour brimer la bonne humeur, mais du gravier dans les roues qui alourdit le cheminement, rajoutant artificiellement de la vie (et de la pellicule) à une œuvre qui aurait pu se terminer un peu plus tôt.
Le jeu complice des interprètes rachète toutefois ces intempéries. George Clooney aura rarement paru aussi charmant et détendu, multipliant les mimiques et le cabotinage bon enfant. Sa chimie et ses engueulades avec le personnage féminin rappellent souvent les imbroglios du sympathique One Fine Day. Face à lui, Renée Zellweger s'avère suave et joliment caricaturée. Elle hurle, elle crie et elle injurie tout le monde sur son chemin. Entre ces deux pôles comiques, John Krasinski fait la belle gueule, s'avérant généralement convaincant, surtout lorsqu'il coure sur le terrain ou qu'il se bat en duel.
La reconstitution d'époque est impressionnante. L'image navigue entre la couleur, le sépia et le noir et blanc, multipliant au passage les clins d'œil historiques, politiques et sociaux. Les teintes sont riches de nombreux détails qui sont dotés de magnifiques contrastes et d'une impeccable définition des contours. Seul le blocage se veut insistant en quelques occasions. La musique joyeuse privilégie la fanfare pour mettre de bonne humeur. Les pistes sonores sont vivantes, utilisant toutes les enceintes pour recréer le parfait match de football. Périodiquement, des cris de gens ou le sifflement d'un train envahissent les haut-parleurs afin d'animer le débat. Un traitement impeccable qui vient parfois légèrement enterrer les voix. Ce n'est pas trop catastrophique, la traduction francophone est plutôt réussie et il y a de superbes sous-titres blancs en cas de problèmes.
La pochette se veut classique et traditionnelle. Les visages de Clooney et de Zellweger apparaissent comme s'il s'agissait d'une banale comédie romantique. Un peu plus pimpant est le menu principal du DVD qui est doté d'un montage harmonieux de scènes et d'une mélodie irrésistible qui fait immédiatement taper du pied. Les suppléments multiplient les segments sans jamais aller en profondeur. Les scènes supprimées sont à la fois drôles et inutiles. Le documentaire sur le tournage ne fait qu'aborder le sujet et les thèmes retenus en laissant le spectateur sur sa faim. En guise de curiosité, il y a la création des séquences de football qui étonnent par leur précision, l'utilisation souvent ingénieuse des effets spéciaux et, beaucoup plus oubliable, le recours à la boue afin de rendre les affrontements musclés plus réalistes. Quelle chance qu'il y a cette intéressante piste de commentaires pour renverser temporairement la vapeur. George Clooney et le producteur Grant Heslov multiplient les anecdotes et les détails techniques en prenant bien soir de s'éclater devant quelques animaux (la vache, le chien plissé, etc.). L'humour pince-sans-rire rompt avec le ton monocorde des intervenants, qui possèdent néanmoins de l'information généralement valable et pertinente.
À bien des égards, "Leatherheads" rappelle The Hudsucker Proxy des frères Coen. C'est moins touchant et fouillé, mais beaucoup plus drôle et caustique. En revenant dans le temps, George Clooney redore le blason des comédies naïves et gentilles qui n'existent que pour mettre de bonne humeur grâce aux supports de ses interprètes et de son humour si jovial. Une franche rigolade parfois inégale qui est parfaite après une difficile journée de travail.
| Film | 6 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |