David Mamet, un des auteurs américains les plus fascinants des dernières décennies, retourne au cinéma avec le bien attentionné "Redbelt". Malgré la présence de ses thèmes de prédilection et de ses acteurs fétiches, la machine est loin d'être parfaitement rodée.
Une simple vitre brisée a des répercussions fâcheuses sur une multitude de personnes. Se voyant obligé d'emprunter de l'argent pour réparer ce bris qui handicape sévèrement son local, un professeur de jujitsu (Chiwetel Ejiofor) se voit impliqué dans de frauduleux combats corps à corps qui pourraient bien avoir un impact majeur sur la carrière de son épouse (Alice Braga) et sur celle d'un acteur d'Hollywood (Tim Allen).
Au premier degré, "Redbelt" est un film d'action comme les autres avec ce héros désillusionné qui se sent obligé d'entrer dans le ring pour sauver son honneur et celle de ses proches. Un long-métrage traditionnel ponctué de solides combats où ressort un excellent Chiwetel Ejiofor qui a réellement la tête de l'emploi et qui se plaît à envoyer de solides crochets à ses partenaires de jeu. Surtout qu'en embrassant le jujitsu, il ressemble plutôt à un sage samouraï dépassé par les évènements qui prend le temps de peser le pour et le contre avant de se sacrifier pour la cause.
Sauf que l'œuvre est écrite et réalisée par David Mamet et cela paraît rapidement avec la présence au générique de sa femme Rebecca Pidgeon, de Ricky Jay, de David Paymer et de Joe Mantegna en producteur mafieux. Les sujets tournent également autour de l'art du faux, de la dissimulation, de la manipulation, de la corruption et de la perte des idéaux. En transférant littéralement les thèmes de l'écran à la vie réelle, le personnage principal représente le cinéaste qui se bat noblement dans l'arène hollywoodienne qui l'éloigne subtilement (ou non) de ses desseins...
Lorsque Mamet se retrouve derrière la caméra, le résultat peut être génial (House of Games) ou non (Oleanna), ce qui est tout le contraire lorsqu'il n'a qu'à composer le scénario. Pour son nouvel opus, il alterne l'intéressant et l'à peine correct, demeurant dans le potable sans étonner outre mesure. La progression, à la fois lente, verbeuse et ampoulée, capte difficilement l'intérêt et les enjeux moraux laissent souvent indifférents. Contrairement au fascinant et déroutant The Spanish Prisoner, le drame et le suspense font généralement défaut, et le déroulement ne se pas sans heurt ni longueur. Si les mots touchent la cible et que les interprètes demeurent convaincus (Tim Allen étonne et détonne dans un rôle sérieux), les enjeux ne s'avèrent pas toujours concluants.
L'image glacée exploite bien les couleurs sombres en laissant beaucoup de latitude aux contrastes très homogènes et aux éclairages plus disparates. Le niveau des détails est excellent et hormis la présence d'un peu de blocage, il est difficile de rouspéter contre les éléments techniques. La piste sonore anglophone est particulièrement subtile et définie, exploitant les différentes enceintes de bruits multiples (des tam-tams, de la pluie, de la vitre qui vole en éclat, des applaudissements, etc.) tout en mettant continuellement l'emphase sur les dialogues. Les voix, aisées à saisir et à déchiffrer, bénéficient de très visibles sous-titres jaunes, ce qui est parfois plus pertinent que la très oubliable traduction dans la langue de Molière. Pour sa part, la musique lente et spirituelle matérialise convenablement la psyché du protagoniste.
La pochette légèrement déformée dans des tons de noir, de rouge et de rose montre deux affrontements, dont un qui semble dominé par Ejofor. Après quelques publicités, le menu principal du DVD s'ouvre sur un montage en forme de ceinture qui est composé de deux scènes et d'une douce mélodie. Si le premier visionnement du long-métrage peut décevoir, ce n'est pas le cas des fabuleux suppléments. La piste de commentaires de David Mamet et de l'acteur Randy Couture se veut à la fois complète et académique, où le professeur réalisateur parle pendant que l'élève l'écoute. La leçon est toutefois inspirante. Il y a ensuite un intéressant documentaire sur le tournage qui aborde notamment la naissance du projet, les particularités du scénario et le rôle de la photographie. Le tout se poursuit avec un long segment expliquant les enjeux du jujitsu et son apport à une quête spirituelle complète. Plus nutritive est sans doute cette échange toujours passionnante où le cinéaste répond à plusieurs questions pendant près de 27 minutes! De quoi le découvrir sous un jour différent. Dans la catégorie "pourquoi pas", le président de la ligue Ultimate Fighting Championship discute de la popularité de son "art", il est possible d'en savoir davantage sur les nombreux compétiteurs apparaissant dans le récit, le comédien Cyril Takayama y va de quelques tours de magie et il y a les traditionnelles publicités variées et bande-annonce originale. De quoi tenir assez longtemps.
"Redbelt" est loin d'être le meilleur film de David Mamet. Le mélange entre les combats et les propos philosophiques ne se veut pas totalement réussi et l'intérêt n'est pas constant au sein de ces 99 minutes. Sans doute que les parallèles au quotidien sont palpables et que la distribution étonne, sauf qu'il n'y a rien pour déloger le supérieur Ghost Dog: The Way of the Samurai dans la catégorie "action et réflexion".
| Film | 6 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 9 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |