The Reader
Alliance / Genius Products

Réalisateur: Stephen Daldry
Année: 2008
Classification: 18A
Durée: 124 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 24
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 065935825661

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
28 avril 2009

Recyclant un sujet éprouvé avec beaucoup d'adresse et de sensibilité, Stephen Daldry fait de "The Reader" un beau grand film classique dont la classe et l'élégance proviennent principalement du jeu de Kate Winslet.

Les souvenirs peuvent marquer les êtres humains de façon indélébile. C'est ce que vit Michael (Ralph Fiennes), un homme en apparence simple et sans histoire. Lorsqu'il avait 15 ans (et qu'il portait les traits de l'acteur David Kross), cet adolescent studieux a vécu un été torride auprès de la mystérieuse Hanna (Kate Winslet), une femme de 20 ans son aînée. Quelques années se sont écoulées avant que les deux anciens amants se retrouvent par hasard. Maintenant étudiant en droit, Michael assiste à un important procès qui concerne des crimes perpétrés pendant la Seconde Guerre mondiale par la population allemande et il reconnaît son ancienne flamme. Entre désir, déception et incompréhension, les émotions se succèdent, et ce, pendant encore plusieurs décennies.

Les détracteurs de grosses productions à la Atonement seront heureux de pouvoir casser du sucre sur "The Reader", le nouveau long-métrage Stephen Daldry, dont son dernier essai The Hours a été traîné au banc des accusés pour les mêmes motifs. Sans doute que tous les éléments sont réunis pour les Oscars. La réalisation poussiéreuse, mais consciencieuse multiplie les ellipses chronologiques sans trop compliquer la donne. Il y a une excellente trame sonore de Nico Muhly, un disciple de Philip Glass qui s'inspire souvent avec succès de son maître. Même le sujet, déjà abordé par le passé et traité ici avec intelligence, titille l'émotion grâce à de formidables prestations de comédiens chevronnés. Tout pour vilipender cet ouvrage qui ne prend aucun risque et dont la matière première - le célèbre livre de Bernhard Schlink - est sans doute supérieur.

Cela n'enlève toutefois pas le brio de ce récit, un des meilleurs opus américains de l'année 2008 en compagnie de l'aussi classique, attendu et excellent Milk. La mise en scène et son sujet à thèses dépassent le cadre du désir de rédemption et de la puissance des souvenirs (comme dans Fugitive Pieces et plusieurs œuvres similaires) grâce à la profondeur de ses thèmes. Il y a le sentiment de culpabilité, mais également le premier amour qui ne s'oublie jamais. Celui-là même qui forge l'identité et qui amènera le protagoniste à errer. L'initiation à la lecture et à l'écriture cimentera également la relation entre Michael et Hanna alors que le premier sera le liseur de la seconde. Il lui lira autant Tintin qu'Huckleberry Finn, Tchekhov et Homère, dont L'odyssée deviendra une des pierres fédératrices de leur évolution.

Sans doute que le film est trop long (c'est le syndrome Changeling) et qu'il est toujours étrange de ne voir que des gens parlant anglais en Allemagne, mais de ces quelques pépins émanent de magnifiques arbres aux fruits si savoureux. L'élégante introduction à l'érotisme certain permet de rapidement camper les personnages. Inconnu du grand public, David Kross fait forte impression par sa timidité et sa candeur. Tout autant que Kate Winslet qui trouve là un de ses meilleurs rôles en carrière et qui a été récompensé de l'Oscar de la meilleure actrice (alors que c'est un rôle de soutiens et qu'elle aurait dû remporter un autre Oscar pour le supérieur Revolutionnary Road). Le passage à l'âge "adulte" troque le privé pour le public, touchant à des strates historiques et politiques avec une dose palpable de dramatique et d'enjeux moraux. L'idéal pour alimenter les discussions dans les chaumières, et ce, même si le croisement entre Dead Man Walking de Tim Robbins et The Music Box de Costa-Gavras se fait un peu ressentir. En changeant constamment d'années, la progression devient par la suite un peu plus hasardeuse (la présence de Ralph Fiennes au générique n'a certainement pas le même impact que dans l'éblouissant The English Patient), avant de revenir en force à la toute fin où le cinéaste arrive à faire couler des larmes sans manipuler son spectateur.

La superbe musique de Nico Muhly est en partie responsable de ce cœur qui bat plus rapidement et de cette tension qui s'emballe subitement. Les mélodies s'évadent allègrement des différentes enceintes, en compagnie de bruits de pluie, de trains, d'éclairs, etc. Les très vibrantes pistes sonores n'envahissent jamais les dialogues qui peuvent être soutenus par d'excellents sous-titres blancs. Les images sont toujours solides et les détails monopolisent l'attention tant il y en a beaucoup. Les couleurs ne lésinent pas sur le blanc - cet éternel symbole de pureté - avant d'évoluer vers le gris et le noir. Dans tous les cas, les contrastes demeurent excellents, ce qui permet de fermer les yeux sur les zones où le blocage peut apparaître.

La pochette angélique présente les principaux artisans de l'œuvre. Le menu principal du DVD offre une symphonie émotive qui accompagne particulièrement bien un délicat montage de scènes. Même s'il n'y a aucune piste de commentaires, les suppléments demeurent plus qu'acceptables. Il y a tout d'abord 42 minutes de scènes supprimées et allongées. Ces séquences généralement pertinentes handicapaient malheureusement un peu trop la progression. Il y a ensuite une multitude de documentaires. Le premier fait un mini tour d'horizon de la production, revenant sur les difficultés d'adapter le roman. David Kross et Stephen Daldry répondent un peu superficiellement à des questions dans le second segment. Il est possible d'en apprendre davantage sur les transformations physiques de Kate Winslet, sur les soins apportés pour recréer les années 1950 et sur la façon que le jeune Nico Muhly dirige son orchestre. Une bande-annonce un peu trop explicative termine ces bonus intéressants qui manquent cependant un peu de tonus pour marquer les esprits.

Même imparfait et altéré de petits défauts mineurs, "The Reader" demeure un récit touchant et extrêmement bien fait. Rien pour revendiquer le titre du meilleur film américain de l'année, mais certainement un des plus émouvants. Surtout qu'il agit en tant que testament envers deux de ses producteurs - Anthony Minghella et Sydney Pollack - décédés pendant le tournage. Lorsque le souvenir est plus fort que tout.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments7
Vidéo8
Audio8