Des bandits mexicains s'en prennent à une tribu Navajo, les exterminant sans préalable. L'un d'eux absent lors des faits est de retour sur les lieux du massacre. Il n'aura alors de cesse à l'esprit que de châtier les coupables... Voici en gros l'histoire de ce western-spaghetti du réalisateur Sergio Corbucci (1926-1990) intitulé "Navajo Joe".
Sergio Corbucci est l'auteur, avec les deux autres grands Sergio (Leone et Sollima) des meilleurs westerns italiens. Comme le dit si bien également Mathieu Lemée, un passionné du cinéaste, "Navajo Joe" est scénarisé par Dean Craig et Fernando Di Leo, ce western italien traduit autant ses préoccupations personnelles que celles du réalisateur Sergio Corbucci. C'est ainsi qu'à travers cette histoire de vengeance, les auteurs illustrent, non sans un certain humour noir, la complicité entre les criminels et la populace dans le sort réservé aux Indiens lors de la conquête de l'Ouest, sans oublier les métis de passage. Le film aurait dû toutefois éviter les invraisemblances et les conventions assimilées par le succès des films de Leone. Même le ton outrancier habituel de Corbucci dessert le film par son côté brouillon, bien que le spectateur peut y déceler en amorce ce qui fera le charme de "Django" et du " Il grande silenzio".
"Navajo Joe" possède néanmoins son propre charme grâce à son rythme assuré, ses paysages magnifiquement filmés et ses personnages crevant l'écran par leur présence indéniable. Qui plus est, la trame sonore d'Ennio Morricone, avec ses chansons lancinantes, s'avère à nouveau un charme pour les oreilles. J'aimerais vous faire remarquer que le célèbre compositeur italien est crédité au générique d'ouverture sous le pseudonyme de Leo Nichols.
Burt Reynolds, qui a du sang Cherokee dans les veines, campe le personnage de l'indien vengeur avec noblesse et conviction alors qu'Aldo Sambrell rend bien sur la pellicule l'esprit tourmenté de son personnage de métis chef des bandits.Il est intéressant que vous sachiez que Burt Reynolds avait accepté de faire ce film croyant qu'il serait dirigé par nul autre que Sergio Leone. Lorsqu'il apprit que ce serait plutôt Sergio Corbucci le maître d'œuvre de ce western, il était déjà sous contrat, donc trop tard pour lui de quitter la production. Le comédien d'origine espagnol, Aldo Sambrell, un habitué des westerns italiens, joue une fois de plus le méchant de service et semble s'amuser à camper un personnage perfide. Son jeu d'acteur est juste et très crédible.
L'image en format panoramique est superbe pour un film datant de 1966. L'interpositif est presque sans parasite. De façon générale les détails sont assez bien rendus, par contre, certains arrière-plans souffrent d'un manque de netteté. Le rendu des couleurs est excellent, mais malheureusement pas optimal. Les couleurs sont relativement belles, mais les tons de chair sont à mon avis légèrement fades. Les contrastes correctement gérés et le niveau des noirs parfaitement ajustés, nous offrent des dégradés fluides et bien détaillés. La bande-son est uniquement disponible en anglais monophonique, mais livre malgré tout une dynamique correcte et fort agréable. La musique originale d'Ennio Morricone est magnifiquement bien intégrée au film. Les dialogues sont toujours nets et intelligibles. Malheureusement, c'est une édition totalement dépourvue de supplément, ce qui est souvent le cas pour les vieilles productions cinématographiques.
Bref, tout amateur de spaghetti-western saura apprécier " Navajo Joe" pour son non-conformisme qui s'enracine dans la sensibilité plutôt que dans le simple mécanisme de l'action, bien qu'elle y joue un rôle prépondérant.
| Film | 6 |
| Présentation | 1 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 5 |