Douze années après son grandiose Seven, David Fincher, un des réalisateurs les plus doués de sa génération, se relance à la poursuite d'un tueur en série. Même si "Zodiac" ne semble pas aussi intense que le classique à chiffre, cela ne l'empêche pas d'être un des films les plus intéressants et attendus de 2007.
David Fincher est un cas à part. Ses films impairs (Alien 3, The Game, Panic Room) sont des productions intéressantes qui n'atteignaient jamais leur plein potentiel, alors que ses chefs-d'œuvre pairs (Seven, Fight Club) s'avèrent des petites merveilles en puissance, des joyaux d'une très grande beauté. Son sixième long-métrage, "Zodiac", s'inscrit justement dans cette continuité. Mais pour arriver à une telle conclusion, il faudra visionner l'opus plus d'une fois.
Cette histoire vraie, adaptée du livre de Robert Graysmith, n'est pas encore officiellement résolue. Dans les années 1960 et 1970, un tueur en série sévit dans la région de San Francisco. Une équipe de policiers (Mark Ruffalo, Anthony Edwards), un journaliste vedette (Robert Downey Jr.) et un dessinateur obsédé (Jake Gyllenhaal) cherchent inlassablement des preuves pour résoudre cette affaire. Les victimes s'accumulent, le mystère s'épaissit et la pression du temps risque de jouer contre ces hommes incorruptibles.
Les fanatiques de Fincher seront déçus. Dans son dernier récit, le cinéaste à la technique légendaire n'inonde pas sa mise en scène d'images extraordinaires, de flashs visuels hors du commun, d'une atmosphère suffocante, d'un montage lacéré ou d'une cacophonie musicale disjonctée. Au contraire, il la joue sobre, avec quelques plans ingénieux, une recréation d'époque à couper le souffle et un sens précis du détail. Tout est dans le suspense qui s'effrite un tantinet avant la fin, les 156 minutes s'avèrent finalement un peu trop longues. Entre temps, quelques frissons extrêmement bien réussis (la scène de la cave, brrr) et des dialogues, abondants, mais captivants. De ce côté, il faudra être prévenu. À moins d'être totalement bilingue, mieux vaut se frotter à l'honnête traduction française.
Les parallèles - plutôt ridicules - avec All the President's Men ont déjà été évoqués et il ne faudra surtout pas se laisser berner. "Zodiac" ne joue pas du tout dans la même ligue que le film d'Alan J. Pakula. Montrer deux policiers, un petit foncé et un grand blond, qui ressemblent au tandem campé par Dustin Hoffman et Robert Redford est un drôle de hasard, mais là s'arrêtent les comparaisons. Ici, des personnages anodins prennent de l'importance pour sombrer rapidement dans le secondaire. À force de sauter trop rapidement d'année en année, le long-métrage s'effrite légèrement et les protagonistes perdent de leur magie. Au sein d'une distribution solide, Jake Gyllenhaal est suffisamment hanté pour faire croire à sa déroute. Il n'est malheureusement pas aussi mémorable que la partie d'échecs que s'offraient Morgan Freeman et Brad Pitt il y a de cela une décennie.
Au premier visionnement, le long-métrage ne peut que décevoir légèrement, car les attentes ne sont pas satisfaites. Cependant, le dernier Fincher mérite un investissement profond et, surtout, à long terme. Il faudra donc le regarder à nouveau pour percer son mystère et se laisser habiter par les évènements. La mise en scène, complexe à souhait, tisse de délicates toiles d'araignées. Les personnages ne forment finalement qu'un, un spectre de vérité face à ce qui est terrible et sans nom. La prémisse du croque-mitaine qui rôde et qui tue comme dans Scream n'a aucune importance, parce que les enjeux découlent des multiples enquêtes qui s'ensuivent. Les obsessions, omniprésentes, amènent des hommes à rompre avec leur vie pour perdre leur âme. Pour une fois que les dilemmes moraux tiennent terriblement en haleine...
Les images cherchent à être le plus réalistes possible et elles le sont. Les couleurs sont froides et les tons de bleu, de gris et de turquoise cimentent parfaitement l'atmosphère. Puisque les actions se déroulent souvent dans l'obscurité, les contrastes s'avèrent parfaits. Les teintes de noirs ressortent sans problème, éclipsant du même coup le mini blocage. La musique apparaît généralement directement à l'écran et il s'agit de bons tubes populaires. Sinon, le vent, le cri d'une bouilloire et un léger grondement gardent le spectateur en alerte, l'apeurant au passage. Si ce n'est ces airs accrocheurs au début ou ces répétitions frénétiques et métalliques vers la fin. Les deux pistes sonores en Dolby Digital 5.1 font gronder des balles de revolver ou de la pluie à des endroits stratégiques, gardant soin de ne jamais entraver les importants dialogues. La traduction francophone est très honnête, tout comme les splendides sous-titres jaunes en anglais et en espagnol.
Le menu principal du DVD est dans la veine de son auteur. Une musique stridente et inquiétante se fait entendre. Un montage rapide de scènes déroule. Des écritures apparaissent un peu partout avant de disparaître. Le climat d'urgence est plus que satisfaisant. La pochette sombre, à l'effigie des trois protagonistes, représente bien le sujet en laissant toutefois un peu sur sa faim. Malheureusement, cette édition ne contient presque aucun supplément. Il n'y a que des bandes-annonces du décevant Next, de l'odorant Perfume et, étrange étude marketing, de l'édition spéciale de "Zodiac" aux bonus proéminents qui doit seulement sortir en 2008. Ce n'est pas bien de mettre l'eau à la bouche comme ça!
Sanglant sans tomber dans les extrêmes, intelligent tout en faisant une étude policière et journalistique approfondie d'un cas pathologique, le nouveau Fincher mettra du temps pour convaincre ses plus fidèles admirateurs. L'enquête menée garde sur le qui-vive du début à la fin et les protagonistes masculins jouent à l'unisson finira par inscrire cette œuvre parmi les plus grandes de son réalisateur. Pour s'en convaincre, il faut toutefois regarder le tout plus d'une fois.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |